Pourquoi le gouvernement britannique suit un modèle américain voué à l’échec
Traduit par Sophie Balaguer. Voir l'article original en anglais
Article traduit aussi en :
La question est posée par la blogueuse et journaliste britannique Natalie Bennet. Militante écolo, elle évoque notamment la mise à mal par les gouvernements successifs, travailliste puis libéral-démocrate, de l’emblématique NHS, service public de santé de nos voisins d’Outre-Manche. Elle s’interroge très prosaïquement sur l’accès aux soins des plus démunis : comment un chômeur peut-il décemment se payer des médicaments avec une allocation de 78 € ?
Je réfléchis à ça depuis un certain temps. Le “modèle américain” de la politique et de la société prend en charge un État minimum, laisse tout ce qu’il est possible (et parfois impossible) de laisser au marché, et possède le plus minimaliste (quasi inexistant) des systèmes de protection sociale.
C’est une société qui, bien qu’étant la plus riche au monde, si on considère le niveau de revenu par habitant, voit presque 15 % de ses foyers souffrir d’insécurité alimentaire — pour être claire, ces foyers ne savent parfois même pas comment sera assuré leur prochain repas.
Environ 1 Américain sur 50 vit dans un foyer qui n’a pas de revenu, mais des bons d’alimentation (d’une centaine à quelques centaines de dollars par mois qui ne peuvent être utilisés que pour les achats de base).
C’est une société qui a le taux de mortalité maternelle le plus élevé des pays développés.
Du côté de la médecine, qui fonctionne essentiellement au profit d’une industrie pharmaceutique profondément défectueuse, souvent mortelle, les fournisseurs de soins de santé s’en tirent en pratiquant des tarifs hallucinants, et les compagnies d’assurance santé font des profits énormes.
Alors, qu’est-ce que la Grande-Bretagne est donc en train de faire ? Tant l’ancien gouvernement travailliste que l’actuelle coalition conservateurs-Libéraux Démocrates ont et continuent de privatiser à toute vitesse la bien-aimée et appréciée NHS, s’acheminant vers le système privatisé américain.
Ils sont en train de massacrer notre système de prestations, déjà (selon les normes européennes) insuffisant, en se dirigeant vers le modèle américain du “vous ne mourrez probablement pas de faim, mais vous aurez parfois à souffrir de la faim”.
J’ai réfléchis à un chiffre sur lequel je suis tombé, qui souligne que l’allocation de base du demandeur d’emploi s’élevant à 65,45 £ équivaut à peine à 41 pour cent de revenu minimum standard pour un adulte en âge de travailler (dernièrement, je n’ai dû ma survie qu’à Night Nurse, un médicament anti-toux, seul remède m’ayant permis de dormir la nuit, et pour un demandeur d’emploi, un flacon qui coûte environ 6 £ c’est manifestement hors budget, donc j’aurais été obligée de tousser toute la nuit…).
Mais ma question principale est purement rhétorique. Parce que si vous regardez d’autres chiffres concernant les États-Unis, comme celui indiquant que 1 % des travailleurs gagnent 23,5 % des revenus — on comprend tout de suite pourquoi l’Amérique est telle qu’elle est : un pays géré à l’avantage d’une petite minorité…
Et voilà que maintenant, la Grande-Bretagne, sous deux gouvernements successifs de tendances différentes, va dans la même direction.
La question qui demeure sans réponse est de savoir comment la démocratie en est arrivée à produire un tel résultat…
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