Italie: la méritocratie selon Berlusconi
Traduit par Francoise Beck. Voir l'article original en italien
Le népotisme n’a pas de limites. On se souvient du scandale qui a eu lieu en France quand Nicolas Sarkozy a voulu faire nommer son propre fils à un poste politico-financier en vue (à la tête de l’EPAD). Cet été en Italie, la fille de Silvio Berlusconi a obtenu son diplôme et le directeur de l’Université s’est empressé de lui offrir une chaire. Exaspéré par cet énième exemple de népotisme, Samuele, publie sur son blog la lettre de protestation d’une enseignante de cet établissement.
Il y a quelques semaines, la fille de Silvio, Barbara Berlusconi, a obtenu sa licence en philosophie, avec la note maximale de 110 et les félicitations du jury.
On s’en fiche, me direz-vous.

Barbara Berlusconi diplômée (1re en partant de la droite) face à son père (de dos). Photos Repubblica Milano.
Pas du tout parce qu’encore une fois, la clique du “Berlusca” [surnom de Berlusconi ] en a profité pour montrer le plus mauvais côté de l’Italie, indifférent au fait de se donner en spectacle en public, et affichant comme d’habitude la morgue de qui détient le pouvoir et peut en faire ce qu’il veut.
Le coupable, cette fois, est Don Verzè, le prêtre-entrepreneur qui gère l’Université catholique San Raffaele de Milan.

Se présentant à la remise de diplôme de sa plus “célèbre” étudiante (ce qui n’est jamais arrivé par ailleurs pour une licence), il a, en présence du Premier ministre, offert à la jeune fille — plus si jeune que cela : elle est née en 1984 et a donc obtenu son diplôme avec quatre ans de retard — une chaire dans la nouvelle faculté d’économie de son université.
Autant pour la méritocratie !
Il semble donc qu’il faille être descendant du numéro 1 du gouvernement pour se voir offrir séance tenante une chaire par le recteur.
Que devraient dire tous les autres, qui obtiennent un diplôme spécialisé, puis le doctorat, font ensuite de la recherche, puis un concours… en suant sang et eau face aux mandarins ? Cela vous semble un beau message à faire passer, de la part d’un prêtre ?
Heureusement, une enseignante de San Raffaele s’est rebellée et elle a écrit une lettre de protestation :
J’enseigne la philosophie de la personne à la faculté de Philosophie de l’Université Vita Salute San Raffaele. J’écris ces lignes pour dire : ce n’était pas en mon nom. Ce n’est certainement pas en mon nom que notre recteur, don Luigi Verzè, prenant la parole, comme il en a le droit, lors de la cérémonie de remise des diplômes, s’est adressé à la seule candidate Barbara Berlusconi, qui terminait son parcours triennal, pour lui demander si elle estimait envisageable la création d’une faculté d’Économie à San Raffaelle fondée sur la pensée de l’auteur sur lequel portait son mémoire (Amartya Sen) et l’invitant à enseigner dans cette faculté. Ceci en présence du Président du Conseil, qui assistait à la cérémonie.
J’entends me désolidariser ouvertement et publiquement de ce que je considère comme une violation non seulement du principe d’égalité formelle entre les étudiants, non seulement de la forme et du fond qu’ont pris un acte public comme la cérémonie de remise de diplômes, non seulement de la dignité du corps professoral, que le recteur devrait représenter, mais aussi des exigences d’éthique d’une institution universitaire d’excellence qu’aspire à être, et avec raison, l’Université San Raffaele.
J’entends me désolidariser catégoriquement et publiquement des paroles prononcées et de la logique qui les sous-tend, logique que je combats depuis toujours, comme je combats depuis toujours le corporatisme et les systèmes clientélistes de l’Université italienne, et l’effondrement progressif de tous les critères d’excellence et de mérite, sans parler de celui de l’Université elle-même quand on l’entend comme école de liberté.
Je m’en désolidarise à titre personnel, même si j’espère que le corps professoral désapprouvera de façon unanime pour ce qui s’est passé. Mais je tiens à répéter par cette déclaration et de façon sereine que je ne suis ni par principe, ni de fait, co-responsable du déroulement de cette cérémonie. Ni par principe, pour les profondes divergences d’opinions que j’ai exprimées, ni de fait, parce que je ne figurais pas parmi les membres du jury qui ont statué sur la candidate en question, et ce n’est certainement pas parce que j’avais demandé à en être dispensée.
Cette situation répugnante ne finira-t-elle donc jamais?
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A noter tout de même parce que ça influe sur ce qu’on peut en juger :
En Italie il n’est pas extraordinaire d’obtenir aux examens de fac une note proche de la note maximale, voire la note maximale. C’est une bonne performance, mais il ne faut pas la juger avec le filtre français où un 16/20 indique presque la perfection.
Que personne n’en déduise donc qu’il s’agit de retenir une surdouée comme on n’en voit jamais.