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Immigration : refus de s’intégrer… ou d’intégration ?

En Allemagne, le scandale politique de l’été est venu de la publication d’un livre par l’économiste Thilo Sarrazin (SPD). Celui-ci y reprochait aux immigrants, en particulier aux Turcs, d’être en train de mener une “conquête par la fertilité”. Le blog Rot, dont les sympathies se situent à gauche, met l’occasion à profit pour se pencher sur l’histoire de l’immigration en Allemagne. Les migrants refusent-ils de s’intégrer… ou leur refuse-t-on l’intégration ?

Thilo Sarrazin, auteur de "Deutschland schafft sich ab" (L'Allemagne va à sa perte). Photo : Richard Hebstreit (licence CC)

La controverse autour de Thilo Sarrazin est révélatrice de notre société, à plusieurs niveaux.

Elle montre à quel point il est facile de tirer à soi la couverture médiatique en proférant des paroles creuses. Elle montre qu’il n’y a quasi plus en Allemagne d’intellectuels dignes de ce nom. Elle montre qu’il est de bon ton de persécuter les classes défavorisées, tant qu’on ne dépasse pas une certaine limite, et elle montre aussi très joliment le fonctionnement de la vague médiatique : provocation-consternation-nouvelle provocation, consternation (les politiciens s’éveillent tout à coup)-retour de flamme (le pauvre Thilo ne fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas). Mais une chose est sûre : cette controverse ne contribue en rien à un débat sensé sur l’immigration en Allemagne. (…)

Peur du démantèlement, peur de la perte d’identité

(Deux facteurs permettent de comprendre) le succès de Sarrazin et de ses semblables. Une crainte identitaire étroitement liée à la peur d’une perte économique, tout particulièrement dans la classe moyenne, et en conséquence directe, le reproche adressé aux migrants de manquer de volonté d’intégration.

La peur est à la source de ces deux éléments. La peur de l’étranger, la peur de l’autre. Mais aussi la peur de perdre ce qui nous est cher. Peur de voir les choses qui nous sont précieuses perdre toute valeur. Aucun argument n’a cours face à cette peur. Elle ne peut être surmontée qu’en donnant un objectif positif à ceux qui éprouvent cette peur. À ce niveau, la politique allemande (et celle d’autres pays) échoue, tout comme elle a échoué dans une grande mesure dans l’affaire Sarrazin, car apparemment, il lui est impossible de montrer les succès de la politique d’intégration jusqu’ici, et elle n’arrive pas non plus à expliquer pourquoi nous n’en sommes qu’au début.

Peut-être que ces échecs sont dus au fait qu’avant de défendre une telle prise de position, il faudrait avouer ses erreurs. Et des erreurs, il y en a eu pas mal. Surtout, on n’a pas su comprendre que l’intégration ne peut se baser que sur la réciprocité. Il ne suffit pas de quelqu’un qui veuille être intégré, il faut aussi quelqu’un qui soit disposé à intégrer. Mais cette volonté d’intégrer n’a pas, ou quasi pas, existé dans la politique allemande jusqu’à la fin des années 1990.

Heinz Kühn, le premier “chargé des étrangers” du gouvernement allemand, a fait figure de pionnier en exigeant en 1979 d’accorder à l’intégration une importance de premier plan dans l’action politique. Mais il n’en fut rien. L’Allemagne a préféré se conforter dans l’illusion que les “Gastarbeiter” (“travailleurs invités”, des migrants embauchés en grand nombre après les années 1950, Ndt) qu’elle était allée chercher, retourneraient un jour “chez eux” en emmenant leurs enfants et leurs petits-enfants. Pour l’intégration, on visait une “immigration temporaire”. Les ministres de la culture ont pris cela comme une prescription concernant le traitement des enfants des travailleurs et travailleuses migrant(e)s et ont donc pris pour objectif une “promotion de la capacité de retour au pays”.

M. Kühn, au contraire, avait exigé des programmes d’encouragement pour que la seconde génération soit sur un pied d’égalité réel avec les locaux au niveau de la formation scolaire et professionnelle.

L’Allemagne n’est pas un pays d’immigration, les “travailleurs invités” retourneront “chez eux” !

Ce mensonge, que la politique allemande se racontait, a empêché pendant des décennies le développement d’une politique sensée en matière d’intégration : dispenser des cours de langue soutenus par l’État et faciliter une participation politique. C’est ce mensonge qui a créé la société parallèle dont aujourd’hui on se plaint si amèrement, c’est lui qui a créé “une génération d’enfants de travailleurs invités” qui sont traités en étrangers dans le pays même où ils sont nés, le pays de leurs parents. C’est seulement depuis 1998 que cette attitude est lentement remise en question par la coalition rouge-verte.

Plutôt que le livre de Sarrazin, les journalistes et politiciens allemands feraient mieux de lire le rapport annuel du conseil d’experts de la Fondation allemande pour la migration, qui constate en 2010 : “En comparaison internationale, l’intégration n’est pas un échec en Allemagne. Au contraire, à de nombreux points de vue empiriques, elle est tout à fait satisfaisante, voire même réussie”.

Il est tout à fait normal que l’Allemagne n’ait pas pu rattraper en douze ans les erreurs de plusieurs décennies. Mais les Sarrazin, Broder ou Mattusek sont incapables de comprendre que la politique d’intégration menée depuis lors est un succès, tout comme le simple fait qu’il est incroyablement mesquin de reprocher un manque de capacité d’intégration à des personnes à qui on a refusé pendant des décennies toute intégration (pour ne pas réduire la “capacité de retour au pays”).

Par exemple, si de nos jours on a des parents turcs avec des lacunes en langue allemande, c’est le fruit d’un déni politique et social qui a duré plusieurs dizaines d’années. Reprocher cet état de fait aux victimes mêmes de ce déni, c’est tout simplement scandaleux.

(Le texte original a été raccourci par E-Blogs. Vous pouvez retrouver des informations sur Thilo Sarrazin ici et .)

Ndt : note du traducteur

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